vendredi 1 mars 2013

Le café de l'excelsior, Philippe Claudel

Je viens de lire ce petit bijou et de découvrir Claudel par la même occasion (eh oui, j'ai beaucoup de retard). Comme d'habitude, je ne vous raconterai rien...d'autant que pas mal d'entre vous l'ont sûrement lu bien avant moi!

C'est vraiment très subtil, émouvant, humaniste. Cet auteur a l'art de l'image insolite et limpide, un rythme varié et prenant dans le phrasé, une clarté qui ne cède en rien à la richesse. La langue est ciselée avec une finesse sans pareille.
L'émotion et l'humour se côtoient à chaque page.
Je retiens en particulier les deux passages d'anthologie sur les deux chauffeurs de bus, l'un alcoolique, qui pousse la "philanthropie éthylique" jusqu'à n'omettre aucun bar de la ville dans ses beuveries (n'est-ce pas joli!), l'autre sobre et n'ayant, hélas, "aucune disposition pour la poésie routière".

Quelques pépites : 
"Je suis devenu un homme, c'est-à-dire peu de chose."
"l'homme soupire après des rituels autant qu'après les imprévus". 
"le fronton déhanché d'une haute armoire"
De délicieux éclats de satire : 
"la statue verdâtre d'un homme en redingote accueillait les merdes de pigeon avec une sérénité de bronze".
Parlant d'une sorte de grande brasserie chic :
"Ne t'inquiète pas petit, ce n'est pas un café, c'est une bonbonnière à chochottes"
"la dame à tête de chien de riche"...
et de succulents hypallages : 
"les clients buvaient dans les tasses blanches pleines d'éducation, ou dans des verres à facettes qui se tenaient bien droits."
J'ai également éclaté de rire à l'évocation de la touriste égarée qui ose pénétrer dans l'antre réservé aux hommes...et du traitement qui lui est réservé.

La description du grand-père dans sa sieste, de son odeur, de ses ronflements protecteurs et de son visage redevenu jeune paraîtra sans doute particulièrement juste et émouvante à quiconque eut un grand-père adepte de cette bienfaisante habitude.

Magistrale aussi, dans sa brièveté, son style et sa justesse, la rapide réflexion sur le lien entre les costumes du dimanche et le sérieux des conversations...

Enfin voilà, le rapport densité/qualité/quantité des pages frise le record : à lire et relire !

Encore un auteur dont j'ai maintenant envie de tout lire à la file, c'est malin... avec Romain Gary, dont je reparlerai bientôt.

2 commentaires:

Cél a dit…

Ah, Claudel, c'est un de mes préférés à moi aussi! Quelle chance tu as de ne pas les avoir encore tous lus, tu vas les découvrir, et c'est magnifique! Et en plus, tu verras, il y a en même temps une unité de style dans l'ensemble de son œuvre, et une vraie diversité...
Une vraie belle plume. Petite mention spéciale pour "La Petite fille de M. Linh" : réserve-toi un joli moment pour le lire, en peu de temps, et savoure!
Merci pour ce post qui rend bien hommage à la beauté de ces mots!

Iliana a dit…

Ah, je me suis fait la même réflexion ! Quelle chance elle a de ne pas avoir encore lu Les Âmes grises...
Je vais rajouter celui-ci sur ma liste...
Ça devient indécent !

Bonne découverte de ses autres livres, alors :)