mercredi 22 mai 2013

Un poème, une mélodie


Debussy, Arabesque I

Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps


Je t'attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais


Tu ne remuais encore que par quelques paupières
Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou


Et pourtant c'était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m'éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d'astres qui se levaient
 


Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu'un vin nouveau
Quand les portes s'ouvraient dans les villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues

Tu venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon coeur durerait jusqu'au temps de toi-même
Où tu serais en moi plus forte que mon sang


René-Guy Cadou, Hélène ou le règne végétal, 1945

 Une découverte par hasard aujourd'hui...Je connaissais le poète et non le recueil, que j'espère bien vite trouver le temps d'explorer. 

Je donnerais tout Victor Hugo pour ce poème...
Aérien et profond tout ensemble... ainsi que l'amour rêvé, non ?

C'est bon d'apprendre des vers de son choix, alors que rien ne nous y oblige...

4 commentaires:

Iliana a dit…

C'est très beau...
Je ne connaissais ni le poète, ni le poème, mais c'est une belle découverte ! En plus je lis qu'il est dans la lignée de Reverdy, et son rapport à la guerre me plaît.
Merci pour ce partage !

(je n'arrive pas à m'empêcher de penser à la chanson de Brassens "P... de toi", à cause du "et pourtant c'était toi", alors que ça n'a rien à voir...
Et la dernière strophe est très éluardienne, je trouve.)

Bref, très beau texte !

Manon Naïs a dit…

Oui, pour la dernière strophe je suis bien d'accord :-)

Anonyme a dit…

"Je te cherche par-delà l’attente
Par-delà moi-même
Et je ne sais plus tant je t’aime
Lequel de nous deux est absent."

Eluard, L’Amour, la Poésie


Laurence

Charlotte Swan a dit…

Magnifique... Encore une belle découverte sur ton blog <3