dimanche 1 décembre 2013

La vénus à la fourrure

En ce moment, on ne peut pas dire que je m'habille bien, mais je vais au cinéma, au moins... 
Je voudrais donc donner envie à tout le monde d'aller voir le nouveau Polanski. 
 
L'idée de départ : en huis clos, une comédienne (Seigner), a priori aux antipodes des attentes du metteur en scène (Amalric), se présente à une audition pour le rôle principal d'une pièce de théâtre adaptée du roman de Sacher Masoch : La Vénus à la fourrure. Elle va peu à peu conquérir son coeur d'artiste, mais aussi mettre l'homme en face de ses contradictions, de ses défauts et de ses désirs inavoués, au cours d'un sulfureux renversement du rapport de pouvoir.

Je n'aime pas tous ses films, ni tous les Seigner, loin de là, mais... Celui-ci est une petite merveille, ciselée pour le grand écran et les salles obscures, dont il serait vraiment dommage de se priver.

D'abord, c'est vraiment drôle. On est sans arrêt pris par surprise. C'est grave et léger, toujours suspendu dans un entre-deux incertain et savoureux.
C'est fascinant, vibrant, puissant. Effilé : il n'y a pas de plan, pas un son, pas un mot en trop.
Les dialogues sont intenses et justes en permanence.

Adapté d'une pièce à succès de Broadway, ce film est certes taillé sur mesure pour une Emmanuelle Seigner qui, dans ses interviews, est capable de ces grands écarts entre un côté un peu gourde qui veut s'amuser, faire jeune et a des tics de langage, et un autre qui nous entraîne tout à coup vers des profondeurs insoupçonnées ou se met à incarner un personnage à la perfection, comme sans y penser. Epoustouflante tout à coup. L'actrice et le personnage peuvent s'amuser à jouer tous les rôles, à multiplier les fausses pistes et les déviations sans issue, se métamorphosant sans cesse, ajoutant un niveau de mise en abyme supplémentaire au théâtre dans le théâtre. On ne sait pas qui est cette Wanda, finalement : la vraie, la fictive, la Vénus, la perverse... mais une chose est certaine, l'actrice est une diva, une vraie, et chaque plan sur elle, en veste d'homme, en cuir ou en robe XIXe, est grandiose, et son image s'imprime durablement dans l'esprit et le coeur. Amalric qui joue très bien en devient presque terne, mais c'est l'intrigue qui veut cela, et l'acteur a comme le bon goût d'accepter cette contrainte rude pour l'égo et d'y adapter son jeu... En tout cas ce fut mon impression.

Ce film passe à la vitesse de l'éclair. Les lumières, sons et costumes sont magnifiques et nous plongent dans une intimité oublieuse du monde ; la tension et la beauté sont palpables en permanence. Oui, une vulgaire écharpe en laine multicolore devient, pour nous tous, une étole en fourrure. Il ne s'agit même plus d'un pacte d'illusion : l'illusion est complète, créée par la seule puissance du jeu, par la force du huis clos.

Je n'ai un regret : ne pas avoir lu le roman avant... qui donna son nom au concept développé par Deleuze, et qui inspira donc la pièce puis le film.

Un film jouissif et réparateur, donc, peut-être pour le metteur en scène comme pour l'actrice : le premier met à distance voire dénonce satiriquement le risque de martyriser ou mépriser la femme sous la muse, la seconde récupère et exploite la possibilité de manipuler celui qui la dirige. Dans le film et aussi dans la vie, sans doute : c'est peut-être ce qui a donné une telle force à cette oeuvre, qui traite finalement de tous les arts visuels et de la place que la femme y prend, du rôle que l'on veut bien lui donner et de celui dont elle peut apprendre à se saisir.





4 commentaires:

Iliana a dit…

Bon, il faut que j'arrive à me motiver pour mercredi... mais j'hésite avec Les garçons, Guillaume...
Ton article donne envie, en tout cas !
Je les ai entendu dire qu'ils ont tourné ça en hiver, qu'il y avait beaucoup de neige dehors, et que le théâtre était comme une protection, ça se ressent dans la bande-annonce, je trouve...

Iliana a dit…

Oh, et puis c'est le théâtre Hebertot, comme lieu de tournage, je crois ?
Si je reconnais bien, ça me donne absolument envie d'y aller, rien que pour le plaisir de "retourner" dans ce théâtre...

Cél a dit…

Oh, voilà un post qui donne vraiment envie! Pour ma part, je suis tentée par le dernier des frères Cohen... Peut-être l'as-tu vu? Mais en ce moment, le temps fait cruellement défaut! Vivement les vacances...:-)

Anonyme a dit…


Je te rejoins sur pas mal de points concernant ce Polanski, un réal' que j'aime bcp (même si je suis loin d'aimer tous ces films, mes préférés étant "Le bal des vampires", "Le locataire", "Le pianiste... et "La vénus à la fourrure"). J'aime bcp le réal' mais aussi l'acteur... Concernant "La vénus à la fourrure", ce film m'a complètement ensorcelé... Seigner est à tomber et d'une justesse troublante, jouant avec Amalric comme si c'était elle qui créait une pièce que ce dernier n'avait aucunement prévue. Y'a bcp de passages troublants, amusants, fascinants... et quand on ressort de la séance, on est sur un petit nuage, enfin, moi, j'étais sur un petit nuage en tout cas;). Bref, un très bon Polanski que je conseille aussi à tout le monde.

Matthew