mercredi 21 mai 2014

IDA

Je suis allée voir ce film au tout dernier moment, car le Concorde, ce merveilleux petit cinéma nantais, si discret, aux séances à prix unique (6 euros), et qui laisse ses programmations durer le temps qu'il faut, me l'a permis. Je ne saurais trop vous recommander de le fréquenter ! 

Ida, donc : dans ma "liste à voir", il était premier depuis trois mois... et il méritait bien cette place. 
La bande-annonce est belle, mais elle en dit bien trop, bien, bien trop. Sans doute parce qu'il ne peut en être autrement, tant le récit est serré : le film prend son temps ; pourtant, il n'y a pas un plan, pas un mot, pas une information en trop.


C'est donc un film en noir et blanc, ou plutôt en nuances de gris (sans allusion de ma part au fort peu intéressant livre à succès que je nommerai pas). Au début, je me suis demandé ce que cela apportait : j'aurais aimé voir les teintes de cette Pologne marquée par le communisme, de ce Jésus repeint, des yeux d'Ida la rousse, et la lumière de la neige traversant la forêt. J'aime beaucoup le noir et blanc, mais là, pour une fois, je me suis questionnée, un temps : la balance penchait-elle du côté de l'enrichissement (des traits, des contrastes), ou de l'appauvrissement frustrant ? Mais précisément, le second point rejoint le premier dans ce film, tant le monde se doit d'y devenir minimaliste, rétréci. Il semble contenir, retenir, parfois in extremis, dans son cadre écrasant, les trajectoires hasardeuses et cahotantes de personnages pris dans les contradictions d'un pays agité de forces adverses, entre judaïsme et catholicisme, communisme et concerts de jazz, campagnes désertiques et souvenirs glaçants, désir de se souvenir et désir d'oublier, de s'oublier. Entre violence extériorisée et quête de paix intime. A la clé, une réflexion profonde : qu'est-ce qui nous élargit (dans le sens propre, et dans le sens argotique du terme), qu'est-ce qui nous enferme? Pas toujours ce que l'on croit.
Mais avec tout cela, rassurez-vous, je n'ai encore rien dit. Et je ne dirai pas grand chose de plus, sinon que la bande-son est sublime, que le film est bouleversant, sombre, mais non pas désespérant ; souriant même par moments, grâce au fragile équilibre qui s'instaure entre les deux extrémités de la tragédie. Que la langue y est belle, comme toutes les langues de l'Est, et que la version originale est accessible à tous tant les dialogues sont parcimonieux. 
Cela devrait vous suffire..
Pas de bande-annonce ici, donc, mais un extrait qui en dit peu et qui plonge bien dans l'atmosphère du film : 

 Et puis : les deux actrices de Pawel Pawlikowski. Celle qui joue Ida, Agata Trzebuchowska, est bien sûr excellente ; mais la tante, Wanda, interprétée par Agata Kulesza, est époustouflante, magnifique, poignante. Voilà une actrice qui vous prend au ventre et à la gorge. Une grande performance qui je l'espère marquera le commencement d'une filmographie plus abondante.

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