mardi 14 mars 2017

La Fondation Louis Vuitton, colorée par Buren

Parmi les 1,2 million de visiteurs de l'exposition Chtchoukine, j'ai pu insérer ma petite personne sans trop faire la queue, grâce à une réservation en ligne. Je consacrerai bien sûr un article à cette incroyable collection (je voudrais bien poster plus souvent, *soupir*), mais je commence par partager quelques clichés du bâtiment, que je n'avais pas encore vu.

Œuvre de Frank Gehry, dont j'avais déjà pu voir le musée Guggenheim de Bilbao. Il a récemment été colorisé par Daniel Buren.

On peut trouver que l'univers épuré de l'architecte s'en trouve dénaturé, c'est vrai ; toutefois, ce kaléidoscope de couleurs joyeuses, leur jeu dans la lumière, le relief qu'il donne aux formes et aux structures, m'ont beaucoup plu. En tout cas, c'est très photogénique, en particulier au soleil, et sous toutes les coutures. 

 

Pour mémoire, le musée avant la couleur :

 

mardi 14 février 2017

Une excellente adresse pour boire et manger dans le Xe: PALISSADE


A l'angle d'une rue, dans le charmant quartier Sainte-Marthe, une façade en bois donne envie d'entrer. Première impression : intérieur chaleureux (et très jolis toilettes!) ; serveur vraiment agréable, présent malgré l'affluence, et plein d'humour. 



La carte des cocktails joue sur l’œil et le mystère, mais rassurez-vous, la barmaid, originaire du Mexique, vient vous l'expliquer. Avec un "Egon Schiele", l'un de mes peintres préférés, je ne pouvais qu'être séduite.

10-12 €, c'est raisonnable compte tenu de l'exceptionnelle qualité des mixtures servies ! - testées et approuvées par un amateur éclairé, qui a choisi le "Tikime" :

Et s'il fait faim...
L'après-midi, de quoi faire un bon goûter, pour moins cher que dans bien des cafés sans intérêt, où le sachet d'Earl Grey Lipton se vend 4 €... :

Le soir, un choix raffiné d'assiettes apéro ou de plats de 5 à 16€ selon le coût des ingrédients, et des desserts à 6,5€.
L'influence nipponne n'y étant sans doute pas pour rien, les portions sont un peu légères pour les affamés, mais parfaites pour goûter plusieurs plats sans se sentir lourd, surtout après un cocktail, et savourer sans modération les trois délicieux pains (baguette, noix, charbon et encre de seiche) que l'on vous apportera et rapportera sans rechigner.
Deux plats et un dessert végétaliens étaient proposés ce soir-là. La carte tient sur une feuille A4 et change très souvent, ce qui est généralement bon signe.
C'était vraiment bon, et joli. Petit aperçu :

 Bonite de Saint-Jean-de-Luz, radicchio trévise tardif, semoule de chou-fleur, coulis aux herbes

 Crème de sésame noir, jus de mandarine au whisky, noix (vraiment délicieux...)
Biscuit craquelin, crème au citron-mascarpone, purée de framboise

Réservation conseillée !

Palissade
36, rue de Sambre et Meuse (Paris Xe)

mardi 31 janvier 2017

"Les Insoumis de l'art moderne", exposition au musée Mendjisky


In etxremis, j'ai pu voir l'exposition « Les Insoumis de l'art moderne » au tout nouveau musée Mendjisky, discrètement situé juste à côté de la station Vaugirard.

Cette exposition était consacrée à un pan méconnu de notre histoire de l'art : la seconde "École de Paris". Cette période, située au tournant des années 50, a connu une existence fugace (une dizaine d'années, rythmée par un annuel « Salon de la jeune peinture ») mais foisonnante (plus de mille peintres s'en réclament) et de rayonnement international, avant que New-York ne prenne définitivement le pas. Sous le nom un peu grandiloquent d'"Insoumis de l'art moderne", comprenez donc ceux qui, résistant à l'engouement pour l'abstrait, ont persévéré dans la voie du figuratif, tentant de le réinventer dans le sein doux-amer de l'immédiat après-guerre.

C'était une belle exposition, d'une soixantaine de toiles, dont un certain nombre d’œuvres très puissantes, qui valaient à elles seules le déplacement.
Beaucoup de tableaux issus de collections particulières, introuvables sur la toile...
Les reflets des éclairages mal placés (murs hauts, grands tableaux : difficile...) étaient bien souvent épouvantables: pardon pour la piètre qualité de certaines photos.

C'est le Portrait de Claude, sur les affiches, qui m'avait donné envie d'aller voir l'expo. Le musée était presque vide, il y a avait des chaises : j'ai pu m'abîmer un bon quart d'heure dans ce regard incroyable, qui me semble mêler la présence d'une colère dure, et une douce absence mélancolique. Chef-d'oeuvre d'un peintre dont je découvrais le nom : Cara-Costea (1925-2006). 




- La toile fait peut-être référence, par sa composition, à L'Homme au gant du Titien. -

Deuxième grand choc : la peinture de François Heaulmé, son traitement de la vieillesse (un thème qui m'est particulièrement sensible), m'ont beaucoup émue ; que ce soit à travers deux « vieilles », dont les traits se dissolvent déjà dans une sorte de nébuleuse, rendant d'autant plus poignants leurs regards d'enfants ; ou à travers la scène biblique des vieillards concupiscents envers la jeune fille aux doux yeux tombants.

Les Deux Vieilles





 Suzanne et les deux vieillards

[Pour une intéressante comparaison, voir la Suzanne et les deux vieillards de Stanzione (1630), dans cet article.]

D'autres toiles sur son site : http://www.heaulme.com/peinturesa.html

Après ces deux événements, je n'étais pas au bout de mes émotions, loin de là. Une bonne dizaine d'autres toiles ont retenu toute mon attention. Tous les peintres m'étaient inconnus, et cela ne fait que renforcer ma joie d'être venue jusqu'à cette exposition discrète et puissante. 

Le peintre Claude Pollet, son art du dessin, sa touche, ses couleurs : 




Femme entrant dans l'eau
Ce tableau tout de clair-obscur et de pudeur, pour l'anecdote, était accroché dans la chambre de Yul Brynner. 

 :-D

Son épouse Françoise Sors a notamment réalisé cette magnifique vue des Toits de Paris


Paul Rebeyrolle occupait en 1944 l'atelier de Soutine... Je ne pouvais qu'être séduite par la finesse du trait, expressif sans lourdeur, l'humanité, la douceur des teintes.

 La Chienne endormie

Paysage d'Eymoutiers 
 (et plus précisément la fameuse grange Planche-Mouton, où les peintres de la Ruche peignirent de nombreuses toiles)

Autour de lui se constitue peu à peu un groupe composé, entre autres, de Simone Dat, qu'il épouse en 1949, et visiblement influencée par Soutine : 

 Paysan au marché

Le Café (détail)

Toute cette âpre humanité se trouve de temps à autres adoucie par des toiles comme cette Nature morte au bougeoir (détail) de Bellias, l'une des seules aux couleurs vives :


Le parcours se termine sur cette toile de Françoise Adnet (pianiste de formation), Jeune Fille à l'orange, qui semble porter le deuil d'une enfance encore vivace dans le fruit lumineux qui contraste avec la peau verdâtre :

Autre "détail" très fort, dont je n'ai ni noté ni retrouvé la référence :


Dans l'une des premières salles, un tableau gigantesque (260x 350) aux couleurs criardes détone : La Peste en Beauce, de Bernard Lorjou (1908-1986), le porte-voix du mouvement "L'Homme témoin de son temps", et le plus farouchement opposé à l'art abstrait, qu'il a qualifié de "dégénéré" dans une lettre ouverte au président de la République... hum.
Ironie du sort, certaines de ses oeuvres sont exposées au musée Pompidou, qu'il avait en horreur.
La toile, gigantesque, impressionne par son "expressionnisme baroque". La salle offrait le recul nécessaire pour se plonger dans ce cataclysme saturé qui envahit la toile par la gauche, tandis que l'enfant, au centre, étrangement serein et beau, nous promet un avenir meilleur.





Anecdote : le tableau était initialement intitulé La Guerre bactériologique ; il a changé de nom sous la pression de l'ambassade américaine avant d'être exposé à la Galerie Charpentier. Guerre froide, quand tu nous tiens...

Enfin, grâce à Costa-Carea et à Heaulmé, je suis repartie époustouflée, et heureuse d'avoir découvert ce joli musée vitré où je retournerai.