mercredi 3 décembre 2014

Roman Vishniac (au musée d'art et d'histoire du judaïsme)


Roman Vishniac (1897-1990), né en Russie et mort aux Etats-Unis, juif émigré pendant la guerre, nous a offert un inestimable témoignage sur la vie des populations juives européennes, émigrées ou non, avant et après guerre, depuis les ghettos de Varsovie jusqu'aux cabarets américains, en passant par les campagnes profondes. L'exposition est chronologique et fournie ; elle permet de rendre compte d'une société qui a basculé du bonheur à la tragédie, mais qui a su défendre et retrouver le premier, autrement... Les clichés sont sensibles, tantôt spontanés, tantôt ultracomposés, toujours intéressants. 
Plusieurs séries de reportages, commandées par le JOINT (l'organisation humanitaire juive fondée en 1914) afin de s'informer de la situation et de montrer les bénéfices de ses actions, présentent un intérêt plus documentaire qu'artistique à mes yeux (peut-être parce que c'était des commandes, justement). La série des portraits aux tartines est bien sympathique tout de même. :-)

C'est de la très belle photographie, même si elle ne me bouleverse pas autant que d'autres dont j'ai pu parler ici (ou dont je parlerai bientôt! - d'ailleurs, c'est décidé, j'essaierai d'aller faire un tour à la Maison Européenne de la Photographie chaque fois que j'irai traîner mes guêtres à Paname...)

Toute l'exposition peut être vue ou revue sur le site de l'ICP , avec tous les panonceaux explicatifs (en anglais). Je me dispense donc de légender les photos, qui viennent presque toutes de ce site, vous ne m'en voudrez pas! Vous pouvez d'ailleurs toujours consulter le nom des images en plaçant le curseur dessus.

Pour le plaisir : mes préférées (les "rubriques" sont les miennes et non celles de l'exposition, plus précises). Clair-obscur pictural, compositions parfaites, vives émotions vives, contrastes saisissants... il y en a beaucoup, l'exposition étant très riche. Je ne détaille pas davantage chacun de ces mini coups de foudre et vous laisse aux vôtres ! (N'hésitez pas à les partager en commentaire, c'est bon, l'admiration partagée!)

Humour, joie et poésie dans le Berlin des années vingt : 
dans les gares, les zoos ou à la dérobée des portes cochères...

 
Montée du nazisme : Vishniac fait poser sa fille Mara près d'une devanture qui vante les mérites d'un outil pour l'appréciation des crânes et de la race...

Communautés juives dans les années 30 : 
Merveilleuse, merveilleuse photo, ma préférée : 

 Je vois un film de Chaplin, lui qui avait été à la place d'un enfant de ce genre et n'avait pas eu besoin de documentation sur la misère pour tourner ses films... Gros plan sur les chaussures que j'ai pris à l'exposition (beaucoup de reflets) :


Expositions YIVO à New-York, en 1944 et 1945 : 
La vie renaissante et presque incongrue dans les décors de ruines, 1947 : la magnifique photo d'un marseillais, avec Notre-Dame-de-la-Garde en arrière-plan, et plusieurs images - croquis?- de Berlin, ville martyre, elle aussi...

La silhouette d'un parfait fax-terrier se découpe sur les vestiges de l'une des ruches de la République de Weimar : la Maison Romaine.

 Le refuge américain : 

Le fils de Vishniac
 Des enfants malentendants apprennent à articuler.
 La sublimissime artiste burlesque Sherry Britton (1918-2008!)

 Le comique Irwin Corey en plein show, mis en valeur par un angle fort bien choisi !

 Einstein dans son bureau de Princeton, 1942...

Quelques anecdotes : 
- On peut écouter l'interview (en anglais non sous-titré) de David Eckstein, l'enfant anonyme d'une célèbre photographie de Vishniac, identifié bien plus tard. 
- Le portrait d'Einstein figurait parmi les préférés de celui-ci. 

Compter deux bonnes heures pour prendre son temps (et selon l'affluence). J'y suis allée un dimanche matin glacial, à 11 heures, et je n'ai pas du tout attendu !
Surtout que vous souhaiterez sans doute prendre votre temps pour admirer la (grosse) cerise sur le gâteau : le diaporama des explorations photomicroscopiques de Roman Vishniac. Il est visible sur le site aussi, mais dans le noir et en grand format, c'est quelque chose... L'éclatante et envoûtante splendeur du très petit comme je ne l'avais encore jamais vue, pour ma part. Les aiguilles de pin se font mandalas, les vitamines et les cellules deviennent des vitraux, l'oeil du moustique s'apparente à la haute joaillerie... Quel bonheur de découvrir ces beautés que l'homme a cru inventer ! Ne soyons pas mauvaises langues : il a su, au moins, élaborer l'oeil qui saurait voir mieux que celui que dame Nature lui avait attribué : profitons de cette chance ! 
Je place ici quelques clichés que j'ai pris dans la salle du diaporama, qualité forcément limitée... mais déjà de grandes merveilles... 



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