lundi 14 juillet 2014

A la recherche de Vivian Maier

Une rencontre récente m'a bouleversée... celle de Vivian Maier.

Vous savez, si vous me suivez depuis quelque temps, à quel point les photographes humanistes m'émeuvent et me plaisent. Eh bien, une nouvelle, grande parmi les grands, vient d'être découverte, dans des circonstances hasardeuses et miraculeuses comme seule la vraie vie peut en inventer : une vente aux enchères, un avis de décès, 160 000 clichés qui, à un jour près, auraient pu finir brûlés dans un incinérateur à ordures... Je n'en dis pas plus.
Le jeune homme qui a découvert ce trésor s'est improvisé tour à tour technicien de développement, agent posthume, enquêteur, journaliste... avec une admirable et fructueuse pugnacité. Tout de même, retrouver un village français perdu dans les Alpes à partir d'une simple photo et de dizaines d'heures passées sur Google images, développer et encadrer des clichés lorsqu'on ne l'a jamais fait, retrouver des témoins, démarcher galeries et musées... Il faut vraiment saluer John Maloof. 
Tout a commencé (et continue) là : Le blog créé par John Maloof
Préparez-vous à beaucoup d'émotion face à ces clichés en format réduit, mais suffisant pour mesurer le talent de Vivian Maier, et avoir le coup de foudre pour les vieux aux corps noueux, les regards francs ou en coin des dames, les chiens cocasses, les architectures, les arrestations, les travailleurs, les vagabonds, les jambes, les enfants, les amoureux, ... éternels et inépuisables sujets du photographe de rue, saisis par Vivian à fleur de peau, à la juste distance de l'émotion inquiète. 

A la recherche de Vivian Maier est donc le titre d'un docu-enquête qu'il a fini par réaliser avec l'aide de Charlie Siskel (qui a également produit Bowling for Columbine, par exemple...) 
La bande-annonce : 


Les clichés ont essentiellement été pris à Chicago, des fifties aux nineties, mais Vivian a tout de même fait son petit tour du monde de huit mois ; on en voit un aperçu dans le documentaire. 


Quelque chose de ce documentaire qui m'a déplu, et que l'on devine à la bande-annonce, c'est l'accent trop prononcé qu'il met sur la personne de la photographe, ses travers, ses parts sombres. Il y a ce côté très hollywoodien, très "paparazzo posthume", qui fouille la vie privée, qui en remue les couches secrètes et enfouies, qui psychanalyse l'artiste pour en déduire des tenants et même des opinions sur l'oeuvre. Bien sûr, les destins atypiques, les "artistes maudits" fascinent et c'est normal, mais ce grand déballage filmé, avec commentaires (jusqu'aux aveux en direct) et images sur le physique et les comportements de Vivian, m'a dérangé, et, sans aucun doute, aurait désespéré cette artiste si secrète.
En outre, la volonté de produire une enquête haletante prend parfois le pas sur la clarté de certaines informations chronologiques ou sur la manière dont elle a rencontré certains témoins. 
Mais ce documentaire possède aussi bien des atouts, suffisants pour aller le voir au plus vite si possible (à l'Utopia à Montpellier, dans quelques cinémas parisiens, ...) : outre le bonheur de voir des photos extraordinaires au format grand écran, il y a le croisement, non dénué d'humour, de témoignages contradictoires, des extraits des films amateur que tournait également Vivian, sa voix, le parcours jusqu'à la France et l'idée que, oui, par moments, Vivian envisageait peut-être d'exposer. Il y a aussi ces professionnels qui parlent d'elles comme il le faut, en tenant compte de son seul travail d'artiste.
Car là où le film n'exagère pas, c'est au sujet de son immense talent, qui a quelque chose de tous les grands, comme le montre une dame qui met des photos en perspective avec des clichés de Doisneau, Cartier-Bresson, Brassaï, Atget, Airbus... dans les thématiques, mais aussi les techniques : elle a tout. Les compositions, les angles, les lumières, les nuances sont splendides, maîtrisées avec une finesse parfaite. Chaque photo procure ce frisson particulier, cette émotion propre au cliché inoubliable.
Le public ne s'y est pas trompé, et c'est émouvant de voir un grand professionnel ranger, enfin, un carton au nom de Vivian Maier aux côtés de ceux de deux légendes de la photographie. C'est ce même professionnel qui parle à 1'15 dans la bande-annonce, et qui dit tout ce qu'il y a à retenir : avec un appareil photo dans la main, Vivian Maier, enfin, habitait la vie des autres et partageait avec eux un authentique regard, un instant intime. Peu importe le reste, contre Sainte-Beuve...  "I'm a sort of a spy", répondit-elle un jour concernant son métier : c'est bien cela qu'elle fut, avec génie, et qu'elle devrait rester, selon moi. Une âme observatrice voguant invisiblement dans le flot des autres.
Je vous souhaite une merveilleuse découverte.

P.S : Est-il utile de préciser que je rêve de m'offrir les quelques livres sortis, et que je piaffe d'impatience en attendant la première exposition française ?

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