jeudi 23 juillet 2015

Mort vivante au Père-Lachaise

Presque deux mois sans poster... je n'aurais jamais cru que cela puisse arriver ! Quand je pense que je promettais plein de nouvelles choses à partir d'avril... Et puis sont arrivés les petits voyages et les longs week-ends, le déménagement, les complications professionnelles et personnelles, la canicule, les festivals... rien que de mauvaises excuses, et enfin le temps des séances de rattrapage. 
La première sera cette série de photos prises au cimetière du Père-Lachaise, qui datent de la fin du mois de mai. Je garde les clichés de la partie des commémorations collectives pour plus tard. 


J'ai voulu surtout de l'anonymat, de la lumière, des angles intimes ou imprévus, en pensant au dernier chapitre des Misérables, dans lequel Hugo écrit : 

"Il y a, au cimetière du Père-Lachaise, aux environs de la fosse commune, loin du quartier élégant de cette ville des sépulcres, loin de tous ces tombeaux de fantaisie qui étalent en présence de l’éternité les hideuses modes de la mort, dans un angle désert, le long d’un vieux mur, sous un grand if auquel grimpent les liserons, parmi les chiendents et les mousses, une pierre. Cette pierre n’est pas plus exempte que les autres des lèpres du temps, de la moisissure du lichen, et des fientes d’oiseaux. L’eau la verdit, l’air la noircit. Elle n’est voisine d’aucun sentier, et l’on n’aime pas à aller de ce côté-là, parce que l’herbe est haute et qu’on a tout de suite les pieds mouillés. Quand il y a un peu de soleil, les lézards y viennent. Il y a, tout autour, un frémissement de folles avoines. Au printemps, les fauvettes chantent dans l’arbre."
 
Ici se mêlent donc les « hideuses modes de la mort » et l'émouvante fragilité des tombes qui retournent peu à peu à l'oublieux état sauvage ; les pierres anonymées par l'usure et les sculptures bouleversantes qui tentent de lancer la douleur des martyrs à la face du ciel ; le marbre blanc et le bronze rongé ; la finesse et le mauvais goût ; les fleurs trop sages et les herbes folles ; la vie enfin, partout dans ce royaume des morts. Parmi ceux que les touristes oublient du regard ou vénèrent frénétiquement, nous redécouvrons l'éphémère de la vie, et savourons d'autant mieux les plaisirs doux de cette oasis de calme dans Paris, près de quelques immortels qui nous ont enrichis de leur pensée, leur art, leur sacrifice, et que nous osons de leur mort visiter en intimes ; près aussi de tous ceux qui, comme nous, n'ont fait que passer. 

Les sculpteurs ont beau s'en donner à coeur joie, c'est encore la Nature qui rend les plus beaux hommages...  Un merle sur la tombe d'Apollinaire, un rosier fantaisiste, des faisceaux de lumière, des arbres, de la mousse...

Bonne promenade. 

Face à la mort, il n'est pas de sabre qui tienne...
 
La philosophie, en revanche...

2 commentaires:

Chloé a dit…

Oh oui, ce lieu est une mine !

Je trouve tout particulièrement réussie la photo numéro 10, avec son jeu de profondeur et de surimpression, c'est très chouette !

Laurence a dit…

Que de souvenirs évoquent ces photos...

J'ai visité le lieu (une partie !) avec un historien spécialiste des cimetières de la région parisienne.
Il s"appelle Landru (si, si) Philippe de son prénom. C'était captivant.

Son site (publicité gratuite) :

http://www.landrucimetieres.fr