mardi 22 décembre 2015

Exposition au Jeu de Paume : Halsman... et aussi, et surtout, Nguyen Trinth Thi

L'exposition Philippe Halsman se termine dans un mois (le 24 janvier), et je vous conseille vraiment d'y courir si vous pouvez !
Site du Jeu de Paume
Elle est organisée en plusieurs parties :
- les débuts des années 30 à Paris, puis les portraits qui l'ont rapidement rendu célèbre, et un assez grand nombre de couvertures du magazine Life qu'il a réalisées. J'ai particulièrement aimé Einstein, Churchill, Sammy Davis Junior, Picasso et Chagall :






- Marylin, qu'il ose même retoucher en lui donnant... un air de Mao !


J'en profite pour reproduire deux autres photos d'elle par Halsman qui ne sont pas dans l'exposition, mais qui font partie de mes préférées d'elle :


- les photos prises dans le milieu du cinéma,  mais aussi des séries originales, comme celle des nageuses synchronisées ;

- la collaboration, longue et féconde, avec Dali ; la célèbre photographie Dali Atomicus, notamment, n'aurait peut-être pas pu être réalisée aujourd'hui, puisqu'elle a nécessité 26 "lancers de chats", les pauvres... (la photo est toutefois légèrement retouchée, mais pas concernant l'eau et les chats, projetés chaque fois...)

- et, bien sûr, comme affiché dans les stations de métro, la fameux projet "Jumpology". Il s'agit d'un projet personnel de longue haleine, mené en parallèle des séances durant des années. Halsman voit dans le saut l'occasion de désinhiber les modèles et de révéler leur personnalité. On remarquera notamment que les américains ont des sauts beaucoup plus exubérants que les anglais... Un peu facile... Vous en jugerez !


Jean Seberg
On trouve également quelques photos extraites de l'ouvrage The Frenchman, un bestseller d'Halsman (900 000 exemplaires vendus!) qui présente une interview fictive, par une puritaine américaine, de Fernandel. Ses réponses consistent, sur la page suivant chaque question, en une simple mimique sans paroles. La séance date de 1948. Un cadeau amusant à offrir, pas très cher (12 euros), et on peut s'amuser à mettre des noms sur les faciès oh combien expressifs de Fernandel... Je vous laisse imaginer les expressions savoureuses que prend l'acteur suite à des questions comme:
- "Quelles sont les mesures du gouvernement français pour faire monter le taux de natalité ?"
ou
- "Ne pensez-vous pas que la supériorité de l'art moderne repose sur son retranchement dans le domaine de l'irréalité, lui permettant ainsi d'envahir la sphère libidinale du subconscient ?"



Mais ce n'est pas tout... Au sous-sol est projeté un film de 35', magnifique, introuvable (ni DVD, ni autre) : Lettres de Panduranga, de Nguyen Trinh Thi.

Très difficile à décrire... Il s'agit, en premier lieu, d'un documentaire qui présente une province vietnamienne menacée par la construction de deux centrales nucléaires, pour 2020.
L'ethnie des Cham, millénaire et matriarcale, y vit, et prend vie devant nous.
Mais l'oeuvre est bien plus polymorphe et troublante. Fragmentaire, elle se présente comme une correspondance fictive illustrée par des séquences filmées, et devient aussi le lieu d'une réflexion sur le travail du documentariste, de l'enquêteur, de l'artiste et du portraitiste. Tout cela en 35 minutes, avec un humour impalpable, une profonde beauté de la langue et des images, des fulgurances sur l'Histoire, le rôles des femmes, la mort, le regard dans les portraits, le sens de la vie, la culture et les dangers de la sanctuarisation ; bref, un petit joyau. D'après le fascicule de l'exposition, Nguyen s'inspire du travail de Chris Maker (son essai filmique Lettres de Sibérie et son documentaire Les statues meurent aussi) : je vais essayer de me documenter.
Et l'anecdote de la copie de statue de la liberté, fondue dans un bouddha que quelques militaires occidentaux eux-mêmes ont aidé à ériger... un grand moment.


Un champ de pierres ? Non, un cimetière où l'on enterre les membres d'une famille, sur la poitrine de chaque personne précédente, mais dans l'anonymat... Les noms des morts se transmettent par les femmes de la famille, oralement, jusqu'à ce que ladite famille s'éteigne... Belle image de l'acceptation de notre passage éphémère sur terre.

Cette partie-là est gratuite.
Le reste est au tarif de 10 euros au tarif plein.


Je vous souhaite de beaux morceaux d'art, encore et encore ! 

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