mercredi 20 avril 2016

Souffler les bougies, dévorer les bouquins


Bonjour tout le monde !

Comme j'ai fêté mes 31 ans récemment, et que l'on m'a offert plusieurs beaux livres (ainsi que le DVD de l'un de mes films préférés), j'ai eu envie de vous les présenter.

Prévert, l'Humour de l'art
Naïve, 2007

Sous forme de dictionnaire-abécédaire à la Prévert, une entrée à la fois intime et artistique dans la vie de cet empêcheur de tourner en rond, avec une iconographie originale et de nombreuses archives inédites.
Beau format, bel objet. 

Supervielle, par Claude Roy

J'aime beaucoup, beaucoup la poésie de Supervielle, et celle de Claude Roy, et Claude Roy lorsqu'il parle d'autres poètes.
Voici quatre poèmes parmi mes favoris (tous ne figurent pas dans l'ouvrage), habités par le temps qui passe, la terre qui vibre, un humanisme lumineux, et grâce auxquels j'aime plonger dans le flux et le reflux de ce qui s'exprime et se réprime.

Celui qui chante dans ses vers,
Celui qui cherche dans ses mots,
Celui qui dit ombres sur blanc
Et blancheurs comme sur la mer
Noirceurs sur tout le continent,
Celui qui murmure et se tait
Pour mieux entendre la confuse
Dont la voix peu à peu s'éclaire
De ce que seule elle a connu
Celui qui sombre sans regret
Toujours trompé par son secret
Qui s'approche un peu et s'éloigne
Bien plus qu'il ne s'est approché,
Celui qui sait et ne dit pas
Ce qui perle au bout de ses lèvres
Et, se taisant, ne le dira
Qu'au fond d'une blafarde fièvre
Au pays des murs sans oreilles,
Celui qui n'a rien dans les bras
Sinon une grand tendresse,
Ô maîtresse sans précédent,
Sans regard, sans cœur, sans caresses,
Celui-là vous savez qui c'est
Ce n'est pas lui qui le dira

La Fable du monde, suivi de Oublieuse Mémoire, Poésie/Gallimard

Puisque nos battements
S'espacent davantage,
Que nos cœurs nous échappent
Dans notre propre corps,
Viens, entr'ouvre la porte,
juste assez pour que passe
Ce qu'il faut d'espérance
Pour ne pas succomber.
Ne crains pas de laisser
Entrer aussi la mort,
Elle aime mieux passer
Par les portes fermées.

La fable du Monde, Poésie/Gallimard

Cœur
Suffit d'une bougie
Pour éclairer le monde
Autour duquel ta vie
Fait sourdement sa ronde,
Cœur lent qui t'accoutumes
Et tu ne sais à quoi,
Cœur grave qui te résumes
Dans le plus sûr de toi
Des terres sans feuillage,
Des routes sans chevaux,
Un vaisseau sans visages
Et des vagues sans eaux.
Mais des milliers d'enfants
Sur la place s'élancent
En poussant de tels cris
De leurs frêles poitrines
Qu'un homme à barbe noire,
De quel monde venu ? -
D'un seul geste les chasse
Jusqu'au fond de la nue.
Alors de nouveau, seul,
Dans la chair tu tâtonnes,
Cœur plus près du linceul,
Cœur de grande personne.

Seghers

Marseille

Marseille sortie de la mer, avec ses poissons de roche, ses coquillages et l'iode,
Et ses mâts en pleine ville qui disputent les passants,
Ses tramways avec leurs pattes de crustacés sont luisants d'eau marine,
Le beau rendez-vous de vivants qui lèvent le bras comme pour se partager le ciel,
Et les cafés enfantent sur le trottoir hommes et femmes de maintenant avec leurs yeux de phosphore,
Leurs verres, leurs tasses, leurs seaux à glace et leurs alcools,
Et cela fait un bruit de pieds et de chaises frétillantes.
Ici le soleil pense tout haut, c'est une grande lumière qui se mêle à la conversation,
Et réjouit la gorge des femmes comme celle des torrents dans la montagne,
Il prend les nouveaux venus à partie, les bouscule un peu dans la rue,
Et les pousse sans un mot du côté des jolies filles.
Et la lune est un singe échappé au baluchon d'un marin
Qui vous regarde à travers les barreaux légers de la nuit.
Marseille, écoute-moi, je t'en prie, sois attentive,
Je voudrais te prendre dans un coin, te parler avec douceur,
Reste donc un peu tranquille que nous nous regardions un peu
Ô toi toujours en partance
Et qui ne peux t'en aller
A cause de toute ces ancres qui te mordillent sous la mer.

Supervielle, Débarcadères.

Shine, de Scott Hicks


Ce film de Scott Hicks (son meilleur, à mon avis) fait partie de mon petit panthéon cinématographique personnel... Inspiré de la vie du pianiste David Helfgott, il a valu un oscar mérité à Geoffrey Rush (vous savez, le savoureux linguiste du Discours d'un Roi, et aussi le personnage principal masculin dans The Best Offer, et aussi... Barbarossa dans Pirate des Caraïbes!).
Dans ce film, il y a d'excellents acteurs, la passion du piano, le "Rach three" qui est également l'une de mes compositions classiques préférées, et la tendresse des fous. Bref, mon cocktail idéal.
Je n'avais pu le voir qu'en VO non sous-titrée jusqu'à présent, ce qui fait que certaines choses m'échappaient tout de même, d'autant que le héros a un débit particulier. Merci à tonton de l'avoir déniché en Allemagne, pour avoir des sous-titres français!

Le Chat en cent poèmes, Albine Novarino-Pothier, paru chez Omnibus (2010)

Pfff, me direz-vous, une anthologie sur le chat, en voilà un thème battu, rebattu et trop battu !
Oui, mais... mais !
  • D'abord le choix de poèmes est exquis, et si les grands classiques baudelairiens ou d'autres y figurent, j'ai aussi découvert quelques pépites. 
La maison 
Sur la marche tiède un chat dort en boule.
Un frelon se cogne aux vitres ternies,
Où la vigne vierge et les araignées
Ne laissent passer que l’ombre des nuits.

Georges Chennevière, La Légende du Roi d'un Jour, NRF - Gallimard, 1927.

  • Ensuite, et surtout, le choix des clichés accompagnant les poèmes vous régalera, vraiment (rien à voir avec la couverture). Il sont forts, sans mièvrerie. Je n'ai pas le livre avec moi, mais je rétablirai les références (crédits) dès que possible.
 Cabu, période bleue : Pas complètement bête... mais pas encore méchant !
(éditions du Laveur, 2008)


L'irrévérencieux Cabu vous manque, à vous aussi? Dans cet album, on découvre ou retrouve le premier Cabu de la fin des années cinquante, son regard tendrement moqueur sur les "beaux gosses" d'autrefois et les jeunes couples qui défient l'autorité des vieux cons, son trait aérien et ses jolies blondes faussement ingénues. Un Cabu encore insouciant, déjà insolent et joyeux, tout frais tout rose (enfin, bleu).

VISAGE(S), Sens et représentations en Occident, de Martial Guédron
(Hazan, 2015)

Un ouvrage dont je ne soupçonnais pas l'existence...
Les reproductions sont évidement d'une qualité époustouflante, pleine page, et m'ont permis de découvrir des artistes et des oeuvres qui happent l'oeil et l'âme, instantanément. Et lorsqu'on a fini de humer le papier et d'admirer les détails de chaque représentation, en s'étonnant bien souvent du siècle de l'artiste, on peut se mettre à lire, et à apprendre un tas de choses sur le grand mystère du visage, grâce à une étude qui balaie toutes les formes d'art et de science possibles. Un très, très beau cadeau à offrir ou à recevoir.

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