mercredi 28 août 2013

Arles... Rodin, et puis Sergio Larrain

Dimanche dernier, j'ai passé une bien belle journée dans la ville d'Arles, pleine d'art et de beauté en ce moment : deux grandes parties de regard, jusqu'à épuisement...

- L'exposition "Rodin, la lumière de l'Antique" (se termine le 1er septembre ; une synthèse ira à Paris en novembre)

132 Rodin mis en regard avec 132 pièces antiques lui ayant appartenu... merveilles de finesse. 
Si l'on ne sacrifie pas au casque audio ou à la visite guidée (mais ce sont des choses dont j'ai rarement envie, la solitaire que je suis se muant en misanthrope complète lorsqu'elle doit vivre l'art dans une foule, et ne supportant plus que la présence d'êtres à part - comme le petit Pierrot du blog "A quatre mains" ;-), les explications et la disposition ne permettent pas de s'y retrouver facilement, mais enfin on y arrive plus ou moins. 
Les oeuvres foisonnent ; prévoir 2H30-3H pour y aller en douceur, et pouvoir tomber en arrêt devant la finesse d'un pied, le mouvement d'une main, le modelé d'une cuisse...
La lumière de la salle est très belle, mais il est parfois compliqué de faire le tour des oeuvres...
Entre autres, j'ai découvert l'existence du Monument à Victor Hugo
et pu admirer de beaux paradoxes : puissance de La voix intérieure du musée de Marseille, douceur de L'âge d'airain :
ainsi qu'une série de dessins et peintures de l'artiste, souvent esquissés et de petit format, à tomber à la renverse :
A l'étage, une projection très intéressante : Le centaure... et la centauresse ; trois films de 5 minutes en lien avec l'exposition, qui font irrésistiblement penser au travail de Bartabas.
Mon préféré fut de loin "Eau-forte", magnifique recherche esthétique proche de la sculpture, où, dans un clair-obscur virtuose, un homme sur un cheval, de dos, enchaîne comme en dansant au ralenti des poses pleines de grâce, de force et d'étrangeté.

Un déjeuner plus tard, changement complet d'univers...

- Les Rencontres photographiques (jusqu'au 22 septembre)
Cette année, un fil directeur : le noir et blanc, des monstres sacrés aux recherches actuelles.
Un thème très attirant pour moi qui aime tant la photo en noir et blanc.

Voici ce que nous avons pu aller voir (point trop n'en faut!) :
* au centre-ville, d'abord :
- les photos souriantes et aux compositions si vivantes de Jacques-Henri Lartigue (exposition terminée)



- Celui que le monde charma puis désespéra, qui fréquenta Cartier-Bresson et Neruda... : Sergio Larrain.
Un bel homme, dans tous les sens du terme. 

Une rétrospective qui faillit ne jamais voir le jour, à voir absolument, absolument, absolument ! 
 
Enfants vagabonds (avec un très beau film de 16' qu'il a réalisé lui-même), scènes de rue, silhouettes péruviennes, sensualité désenchantée des prostituées, et puis l'Europe, aussi, Londres, la Sicile, mais encore et surtout cette Amérique du Sud regardée depuis le coeur et le coin des rues... Des compositions inattendues, filantes, éblouissantes. Frissons en y repensant...


L'une des photos qui m'a le plus happée : celle de cet enfant-adulte de la rue :
« Pour faire une bonne photo, disait-il, il faut partir de bonne humeur le matin à l'aventure, en marin qui hisse sa voile. Errer, regarder, dessiner sur un bloc. Regarder encore jusqu'à ce que l'on sorte du monde connu pour entrer dans ce que l'on n'a jamais vu. C'est alors que les images apparaissent. »

Notons tout de même que dans ces deux lieux de centre-ville, deux belles églises joliment décorées, il faisait une chaleur terrible (???) et surtout, les sources de lumière produisaient des reflets réellement gênants sur les vitres.  

* Au parc des ateliers, ensuite (l'intérieur des bâtiments en friche est magnifique : odeur chaude de bois et de poussière, poutres pleines d'âme...), plus rapidement hélas, nous avons tout de même eu le temps de voir ceux qui nous avaient le plus tentées sur le site :

- Avant tout, Jean-Louis Courtinat, qui photographie la plus grande marginalité, la plus grande souffrance avec un regard si humain, si tendre, si délicat et retenu, si dépourvu de misérabilisme comme de réticence dans l'amour de l'homme, de tous les hommes, qu'on ne peut qu'être bouleversé. L'essentiel des photos est visible sous forme d'un grand et très beau diaporama, dans une salle obscure, avec places assises. Plusieurs chapitres : enfants soignés pour des maladies graves, Roumanie, centre d'accueil de Nanterre, maison de retraite... Cette liste vous paraît tragique comme les plaies d'Egypte ? Allez-y, vous allez sourire et frissonner, et non vous sentir abattu, car la douceur est partout. Foi de grande sensible.



- les belles compositions mêlant anatomie et nature du finlandais Minkkinen.

- Michel Vanden Eeckhoudt, un belge décalé, déroutant, drôle et barré, comme tant d'artistes belges... qui vous prend au dépourvu, vous fait rire, hésiter ou reculer, souvent avec des photos d'animaux : chiens aux physionomies improbables, regards de singes bouleversants... Il interpelle, et vaut le détour. Un article d'un autre blog sur ce photographe "Doux-amer"

Allez en prendre plein les yeux ! Et si vous manquez de temps, pour Larrain seul, ça en vaut déjà la peine.

1 commentaire:

Charlotte Swan a dit…

les rencontres d'Arles <3